Tentatives de définitions

Rumeur

Une rumeur n’est pas une “information fausse”. D’une part, une rumeur peut être vraie (et une information peut être fausse). D’autre part, elle n’est pas une “information” puisqu’elle est une rumeur : une nouvelle qui se propage mais qui n’est ni sourcée ni officielle. Une nouvelle douteuse par voie de conséquence, mais pas dénuée de pertinence ni d’intérêt. Au contraire, c’est plutôt lorsqu’une information (officielle) est douteuse ou ambiguë que des rumeurs vont se répandre. Enfin, une rumeur est colportée, dans l’espace privé, public ou médiatique, par des gens qui y croient, ou du moins craignent qu’il ne s’agisse de quelque chose de vrai.

Hoax

Un hoax n’est pas un “canular” comme le prétend Wikipédia, puisqu’un canular est une chose comique. Le hoax est un message intentionnellement mensonger, fruit d’une intention malveillante (soutirer de l’argent au destinataire d’un mail, fomenter un complot, diffamer…) qui n’est généralement pas drôle du tout. Il peut être drôle que des gens se fassent avoir, à la rigueur.

Diffamation

La diffamation est une fausse accusation qui porte atteinte à l’honneur et à la considération d’une personne” (service-public.fr). Entrent dans le champ des diffamations les accusations insinuées ou conjuguées au conditionnel. A la différence d’une “injure”, la diffamation concerne un fait vérifiable. S’il avait été vérifiable que Pénélope Fillon avait bien travaillé comme assistante parlementaire, Français Fillon aurait sans doute porté plainte pour diffamation. Tant qu’elle n’est pas condamnée comme telle, une diffamation relayée par les médias n’est est pas une : c’est une information.

Fake News

Appellation cool (puisque anglo-saxonne) pour désigner des articles qui font de la désinformation.

Désinformation

Contenu médiatique qui prétend construire une information vraie alors qu’il est délibérément faux. 

Il n’est pas toujours évident de distinguer l’information et la désinformation, car que signifie “vraie” quand il s’agit d’une information ? On peut supposer qu’est “vraie” une nouvelle conforme aux faits. Mais est-ce que des faits ne doivent pas toujours être interprétés, ou demander une explication ? Ces difficultés philosophiques servent évidemment la désinformation. 

Heureusement, même lorsqu’un fait est complexe à interpréter, et même s’il est potentiellement impossible d’obtenir un accord sur la lecture univoque d’un fait quand on entre dans sa complexité, un fait est toujours assez lisible pour falsifier les désinformations (pour peu qu’on se donne la peine de vérifier). Quelle que soit la “vraie” interprétation du fait (combien de personnes précisément ? Qui exactement ? Pourquoi autant ?), il y avait moins de monde pour l’investiture de Donald Trump que pour celle de Barack Obama.

Faits alternatifs

Expression inquiétante, immédiatement devenue comique, employée par Kellyanne Conway, conseillère de Donald Trump, le lendemain de ses déclarations mensongères au sujet de la foule soi-disant présente à l’investiture du nouveau président. Un “fait alternatif” est une expression qui essaie de déguiser une “description fausse des faits” en une “autre façon de voir les choses”. 

L’audace de cette stratégie se fonde sur le doute entretenu quant à la crédibilité générale des discours médiatiques (discours publiés par des médias qui appartiennent toujours à quelqu’un, état ou entité privée, qui a ses intérêts propres). Ce doute repose en dernière instance sur la critique de la “subjectivité” irrémédiable des journalistes et propriétaires de médias (journalistes et propriétaires qui prouveraient, par leurs désaccords permanents, que l’objectivité n’existe pas). Et donc, si un fait est toujours “subjectif”, il peut bien y en avoir des alternatifs…

Information

Nouvelle documentée, sourcée et / ou officielle propagée par des médias. Toute information est sujette à débat, critique et interprétation. Par ailleurs, une information est susceptible d’être fausse sans être forcément de la désinformation, cette dernière étant toujours volontaire. Si les chiffres du chômage devaient être secrètement truqués par le ministère, un journaliste pourrait bien faire son travail en les diffusant, mais répandre quelque chose de faux. Une fake news, par opposition, n’est pas le fruit d’un journaliste qui se trompe, mais d’un “journaliste” qui ment. 

L’information tend à l’objectivité grâce à des méthodologies diverses, comme la bonne vieille règle des cinq W : “What Who Where When Why ?”, qui propose de faire le tour d’un sujet (le Why pose notamment problème), ou encore la déontologie des journalistes. 

L’objectivité n’est évidemment pas la vérité absolue : est objective une information qui propage des faits observables, mesurables, décrits avec fidélité et intégrité, qui propage des déclarations officielles, qui relaie des accusations sourcées. Autant de critères problématiques – ce n’est pas une raison de renoncer à en faire des valeurs.